2015 - Terrasses du port 1Rien ne prédestinait Eric Pierre à l’entreprenariat.

En échec scolaire jusqu’à ses 25 ans, se considérant comme « bon à rien », il appréhendait de devoir faire, toute sa vie, un métier qui ne l’intéresserait pas. « Je me voyais mal parti », nous a t’il confié. Et pourtant les études se terminent. Il s’agit de trouver un métier et de gagner sa vie. Que faire ? Attiré par le journalisme, Eric réussit à décrocher un stage de 6 mois au Monde. Belle aventure… classée sans suite.

C’est le désir de faire quelque chose d’amusant qui va l’inciter à prendre un billet d’avion pourle Venezuela. Il s’essaie en tant que journaliste dans un premier temps mais ses reportages ne se vendent pas. La question « que faire ? » se pose à nouveau ! Passionné par l’équitation, il a alors l’idée de monter des circuits touristiques en chevaux. Aussitôt dit, aussitôt fait, et le voilà propriétaire de deux chevaux, associé à deux amis et installé dans un ranch sur une ile des Caraïbes. Si, comme il le reconnaît lui-même, à l’époque, ce qui lui plaisait, c’était surtout de monter à cheval, il découvre cependant ce pour quoi il est fait : développer des projets.

Vista generalLes 7 années qui suivent s’avèrent riches en apprentissage et en expériences de toutes sortes. Le ranch accueille une trentaine de chevaux et Eric fourmille d’idées de développement. Idées qui sont de moins en moins exploitées car les associés d’Eric ne partagent pas son ambition ni sa vision. Ils estiment avoir atteint leur but : se construire une qualité de vie agréable. Les désaccords s’accentuent et Eric cherche vainement une porte de sortie.

C’est alors qu’un ami lui dit : « si tu attends de savoir ce que tu veux faire, tu ne partiras jamais. » Ces mots résonnent. Une semaine plus tard, Eric est dans l’avion, de retour pour la France.

C’est à Gap qu’il dépose ses bagages. Il s’associe et monte un magazine de sport & loisirs financé par des annonceurs. Le projet se révèle peu rentable jusqu’à ce que les deux associés aient l’idée de créer un annuaire d’artistes (clowns, magiciens, …) sur internet. Le succès est rapide et les conduira jusqu’à avoir 50 salariés et à recevoir jusqu’à 7 000 demandes de devis par mois.Des divergences avec son associé vont conduire Eric à reprendre son bâton de pèlerin au bout de 7 ans.

Cet entrepreneur dans l’âme se met en quête d’un nouveau projet. L’étranger lui fait les yeux doux. Et s’il partait installer des fast-foods à l’étranger ? C’est une rencontre amoureuse qui lui fera poser ses bagages à Marseille et modifier ses plans. Qu’à cela ne tienne !! Eric n’est jamais à cours d’idées !! Et s’il vendait des bijoux sur internet et allait les chercher en Indonésie, en Chine,… ? Cela s’appellerait « Zaza Papillon » : un joli nom pour un projet d’envergure. Si le voyage s’est finalement arrêté à Aubervilliers, comme l’aime à dire Eric, le projet, lui, a poursuivi sa route. Dès 2008, le site est opérationnel.

Aujourd’hui, en 2016, Zaza papillon, c’est 3 collections par jour, 12 salariés, 2 millions d’euros de CA, des bureaux de 1 200m2 à Château-Gombert, 5 000 clients /an, 25 000 références /an, et 3 000 références en stock en permanence.

20160109_183527Optimessens : « Quel serait votre conseil pour quelqu’un qui souhaiterait se lancer aujourd’hui ? »

Eric Pierre : « L’erreur est de penser qu’un chef d’entreprise doit être omniscient et omnipotent. C’est même plutôt le contraire !! C’est une voie intéressante quand on est bon à rien ! Ce métier nécessite plus de psychologie et d’imagination que de technique. Il s’agit de trouver une idée pour le produit, de comprendre le besoin du client et de savoir comment l’ap
procher et puis de « savoir s’entourer ». Qui m’inspire confiance ? Suis-je capable d’identifier le bon profil ? Savoir s’entourer pas savoir tout faire ! Ce qui permet de compenser bien des faiblesses. »

Optimessens : « Que pensez-vous du stress et de la solitude du dirigeant. »

Eric Pierre : « Je suis plutôt de nature optimiste. Je vois ce qui fonctionne plutôt que ce qui ne fonctionne pas. J’ai également une certaine part d’inconscience. Quand je suis parti au Vénézuela, il venait d’y avoir 2 coups d’état !! Pour moi, l’envie d’entreprendre, le besoin d’indépendance et de mettre en application mes idées ont toujours été plus forts que l’angoisse, le stress ou la solitude. Tout cela conjugué avec le besoin d’avoir un horizon infini, de savoir que des possibilités existent et que je vais pouvoir les explorer. »

Optimessens : « Qu’est-ce qui vous motive ? »

Eric Pierre : « La nouveauté, que les choses soient ludiques. Ce que je veux,  avant tout, c’est vivre de quelque chose qui m’amuse. Du coup, j’ai la sensation de n’avoir jamais travaillé ! »

20151102_090626Optimessens : « Quelles sont vos convictions sur la vie, le monde en général ? »

Eric Pierre : « J’ai conscience de ne pouvoir avoir aucune certitude dans aucun domaine. On est limité par énormément de choses comme par exemple nos connaissances ou nos capacités cognitives. Je crois qu’il est nécessaire d’ac
cepter cette vulnérabilité intrinsèque à notre condition de façon à pouvoir s’adapter, à continuer à progresser et à apprendre. On peut même se réjouir de ses insuffisances parce que ce sont autant de sources de découvertes et de créativité.

Je ne me sens d’ailleurs jamais coupable de mes insuffisances ou de mes incompétences. Je n’en fais pas une question d’amour propre. Je les vois comme autant de pistes d’amélioration qui vont me permettre d’aller plus haut. »

Optimessens :   «Avez-vous connu des moments de découragement ? ”

Eric Pierre : « Oui, bien sûr. Quand je suis revenu du Vénézuela, j’ai mis 3-4 ans avant de pouvoir me tirer un salaire. Ca n’a pas été toujours simple. En même temps, tant que j’ai des choses à tester, tant qu’il y a la moindre alternative, je reste motivé. L’idée est simplement de ne pas faire comme la mouche qui tape toujours au même endroit et de prendre conscience de ses domaines d’aptitude. »

Optimessens : « Quels sont vos critères lorsque vous embauchez quelqu’un ? »

Eric Pierre : « Je ne recherche pas la compétence à tout prix. C’est l’état d’esprit, l’envie de faire qui me convainquent. J’embauche plus une personne pour qui elle est que pour ce qu’elle fait. »

Optimessens : « Si vous n’aviez qu’un livre à recommander, quel serait-il ? »

Eric Pierre : « De la performance à l’excellence » de Jim Collins. Mon livre de chevet reste toutefois « le petit prince » sur le sens de la vie.